Plaidoyer pour le dépaysement des procès de la DZ mafia

Dans une tribune libre à retrouver sur Linkedin, Frédéric Lauze, secrétaire général du SCPN livre un plaidoyer pour le dépaysement du procès de la DZ Mafia. il estime notamment que “juger la DZ Mafia à Marseille, c’est juger la mafia à Palerme.”

Du 23 mars au 14 avril, la cour d’assises d’Aix-en-Provence a jugé les chefs présumés de la DZ Mafia pour un double assassinat commis en 2019.

Ce procès restera dans les annales non pas comme un triomphe de la justice, mais comme un avertissement que la République ferait bien d’entendre. Avant même l’ouverture des débats, cinq individus étaient arrêtés pour un projet d’évasion armée.

Parallèlement, des téléphones étaient saisis dans les cellules du quartier d’isolement de la prison d’Aix-Luynes, peu avant l’arrivée de Gabriel Ory pour le procès. Pour la première fois dans ce type d’affaire, l’avocat d’un accusé était mis sous écrou, soupçonné d’avoir été corrompu par son client. Durant trois semaines, des insultes et des menaces ont fusé depuis le box des accusés, contraignant à plusieurs reprises à vider la salle d’audience. Le procureur général a dû saisir les ordres professionnels pour engager des procédures déontologiques à l’encontre de quatre avocats de la défense, estimant que trois semaines d’incidents avaient empêché d’attaquer le fond. Le verdict, rendu avec quatre jours de retard, a condamné Gabriel Ory à 25 ans contre la perpétuité requise et acquitté Amine Oualane, contre lequel 18 ans avaient été demandés. Le parquet a interjeté appel. Ce que nous voyons ici, c’est une menace mortelle à l’italienne. Comme la Camorra ou la N’drangheta avant que Rome ne frappe fort, la DZ Mafia tue, corrompt, infiltre et tente de faire plier la justice sur son propre terrain. Nous n’avons pas le luxe d’attendre des décennies pour le comprendre.

C’est exposer jurés, témoins et magistrats à une pression permanente

La loi narcotrafic de juin 2025 a posé des jalons utiles PNACO, QLCO, statut de repenti élargi, encadrement des nullités de procédure pour mettre fin à la guérilla juridique déloyale… Mais cela ne suffit pas. Il faut aller plus loin dans la suppression de nullités de procédure provoquées par la défense, élargissement massif des saisies d’avoirs criminels dès l’ouverture de l’enquête, accès légal et encadré aux messageries chiffrées utilisées par les organisations criminelles. Les démocraties qui ont vaincu la mafia,Italie en tête, l’ont fait avec des outils exceptionnels, … pas avec le droit commun. Et surtout : les procès de la DZ Mafia doivent être dépaysés à Paris comme on le fait pour certaines affaires corses. Juger la DZ Mafia à Marseille, c’est juger la mafia à Palerme.

C’est exposer jurés, témoins et magistrats à une pression permanente dans un territoire saturé par l’influence du clan. La sérénité de la justice est une condition de sa légitimité. La police marseillaise , a en première ligne dans le département le plus criminogène de France, a tenu. Mais tenir ne suffit plus. Il faut gagner.